Benoit Raphaël : journaliste entrepreneur et spécialiste des réseaux communautaires

Il a beau avoir l’impression que son parcours ne fait toujours que commencer, Benoit Raphaël a de quoi susciter l’intérêt surtout à l’heure digitale. Ce journaliste entrepreneur est « créateur de médias sociaux ». Il a co-fondé en 2007 « Le Post » (pour le compte du journal Le Monde) dont il a été le rédacteur en chef jusqu’en 2010 puis a lancé en mai 2011 pour Le Nouvel Observateur, la plateforme participative « Le Plus ». Deux mois après son lancement, elle réunissait 922.000 visiteurs uniques. Que fait donc le succès de Benoit Raphaël sur la toile ? C’est ce que nous avons tenté de savoir en lui rendant visite.

 

Pourquoi êtes-vous aussi passionné par les réseaux sociaux ?

Quand on essaie de comprendre le parcours de quelqu’un, il faut toujours regarder le passé. Pour ma part, j’étais plutôt timide et j’avais du mal à m’exprimer à l’oral. En revanche, j’avais de bonnes idées. Dans toute ma carrière (j’ai été journaliste en national et local, en radio, sur internet) mon métier a été de donner la parole à ceux qui ne savent pas forcément bien s’exprimer ou qui par leur milieu social n’ont pas forcément la parole et ne sont pas forcément mis en avant. Or, les idées sont parfois là où on ne les attend pas. Internet a été une vraie révélation pour moi car il permet d’aller chercher les gens et de leur donner la parole.

Le travail récent dont je suis le plus fier est la création du Plus au Nouvel Obs, car l’idée était de sortir des mêmes experts que nous entendons partout à la TV et dans les journaux et d’aller chercher d’autres experts, des spécialistes ou des témoins, et les mettre au même niveau que les autres. Pour cela, il faut des journalistes pour les accompagner.

Je crois beaucoup aux réseaux sociaux qui font émerger le plus grand nombre avec l’aide des journalistes, des community managers, des animateurs. Je crois moins au seul réseau social (à la capacité qu’une communauté a de s’auto-organiser).

Pour vous, qu’est-ce qu’un média communautaire performant ?

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Comment se passe le mélange entre les journalistes et les intervenants extérieurs ?

Les journalistes structurent la parole des personnes qui désirent s’exprimer sur le réseau social et rendent le message plus facilement audible, trouvent la bonne accroche pour mieux délivrer le message. On associe aussi une personne du marketing pour trouver les bons mots clés et optimiser le référencement sur les moteurs de recherche.

Est-ce que les journalistes vérifient et réécrivent l’information ?

Ils vérifient toujours et aident à réécrire. On retravaille toujours un texte.

Combien de personnes compte la rédaction du Plus ?

Le Plus est une vraie rédaction de 5 personnes qui regarde les sujets parus dans la presse dès le matin et repère ceux proposés par la communauté. Elle travaille dans les mêmes locaux que les rédactions web et papier de l’hebdomadaire. Une recherche s’effectue ensuite pour trouver les bons intervenants.

Vous avez fondé Le Post en 2007 au journal Le Monde, est-ce votre plus belle réalisation ?

Non, la plus belle reste à venir ! Toutefois, c’est une de celles dont je suis le plus fier : c’est l’expérience qui m’a le plus appris.

Pouvez-vous nous parler de vos expériences au Post et au Plus ?

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Y a–t-il des choses que vous n’avez pas réussies ?

Je pense que nous n’avons pas réussi à en faire quelque chose qui reste vivant. Il n’y avait pas d’équipe commerciale et le contenu ne pouvait être vendu aux annonceurs donc nous sommes restés sur un grand succès d’audience et un échec commercial. Cela m’a laissé un peu sur ma faim. L’expérience n’a été qu’éditoriale et pas business. Or, je pense qu’il y a des modèles à tenter ou des investissements à faire. Nous aurions pu au moins essayer quelque chose. Mais cela reste une belle aventure. Si on compare avec le Huffington, ce dernier 2 ans après sa naissance, faisait 2,5 millions de VU comme score aux Etats-Unis. Le Post quant à lui faisait 3 millions de VU après 2 ans. Le potentiel était là.

Vous sentez-vous plutôt journaliste ou plutôt entrepreneur ?

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Quel serait votre idéal professionnellement ?

Mon objectif est d’être le plus libre possible pour pouvoir inventer et créer le plus possible. Pour cela, il faut avoir un peu d’argent et de bons partenaires. Créer l’éco-système qui va me permettre demain de continuer à inventer des projets. Pour le moment j’invente les projets pour les autres et cela me permet de poursuivre (avec Europe1 et d’autres médias en 2012). Peut-être un jour je pourrais créer un média suffisamment puissant qui pourra vraiment permettre à chacun de trouver sa parole et sa place. Permettre aussi de mieux comprendre l’information ou la culture, des réflexions plus personnelles, rendre plus accessible ce qui aujourd’hui est plutîot réservé à une élite ou ce qui parait compliqué parce qu’on n’a pas reçu une éducation adéquat. Il y a aujourd’hui encore trop de séparation entre le peuple et l’élite. On a besoin d’entrecroiser les sagesses et casser les castes. Internet est un formidable arche pour cela. Il crée l’enrichissement.

Un Internet qui soit simplement social ou algoryhtmique ne suffit pas à permettre un bien vivre ensemble ou à permettre aux uns et aux autres de s’enrichir. Il faut des médiateurs, rajouter de la couleur. Pour cela, il faut des médiateurs, des curateurs, des journalistes, des métiers de l’avenir, sorte de facilitateurs entre communautés, entre concepts, entre réseaux.

Vous allez continuer à travailler pour les rédactions ?

Oui, car elles structurent la société, notre pensée, notre culture, notre façon de vivre, notre bonheur aussi. Mais, les marques aujourd’hui ont aussi la capacité à structurer des valeurs autour d’elles. En dehors de leur logique business, quoi qu’on en dise, elles font parties de notre culture. Internet fait que les consommateurs ont pris un peu le pouvoir sur les marques. Cette rencontre-là encore pas très bien comprise est assez fascinante et devrait permettre l’émergence d’une meilleure consommation, d’une meilleure culture, rajouter du rêve et de l’enchantement. Pourquoi rejeter les objets dans un simple système commercial et froid ? Il faut réenchanter le lien entre les produits, les marques et les consommateurs. Cela reste un vrai enjeu de société et c’est passionnant.

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